NEIGE

un film de Juliet Berto et Jean-Henri Roger
80 min / DCP / Couleur / 1.66 / Mono / 1981
France / Belgique

Distribution : Ciné Sud promotion 

Neige 1981 Real Juliet Berto & Jean Henri Roger Juliet Berto Robert Liensol. Collection Christophel © Babylone Films / Odessa Films / Marion s Films / Moune Jamet

Anita vit à Barbès, elle travaille dans un bar. Elle vit, tant bien que mal, au milieu de la drogue, du sexe, de la vie nocturne. Mais il faut bien survivre dans ce 18ème des années 80. Quand un de ses amis se fait tuer par la brigade des stups, elle doit s’occuper des autres … car c’était lui le dealer du quartier … 

Voilà un film totalement méconnu mais qui n’a rien à envier à bien d’autres qui ont tenu la tête d’affiche dans les années 80. Le contexte est réaliste, les personnages sont crédibles. On a l’impression de voir un film documentaire sur ce qu’était réellement la vie dans les années 80 dans un quartier aussi réduit et compliqué que la diagonale Barbès-Place Blanche. Il est fort à espérer que cette restauration et cette sortie en 2022 rende à ce film les spectateurs qu’il aurait dû avoir. Dans la distribution on y retrouve tout de même un Patrick Chesnais dans un rôle qui lui colle parfaitement.

Une fois le décor planté, on déambule dans la lourde atmosphère du quartier, titubant sur le trottoir entre racoleuses et touristes, et on se doute bien que ça ne finira pas super bien pour nos personnages en quête de blanche, de poudre, … de Neige.
Quand le film se termine, on baisse les yeux au sol en se disant que finalement, rien n’a vraiment changé …

Neige 1981 Real Juliet Berto & Jean Henri Roger Juliet Berto. Collection Christophel © Babylone Films / Odessa Films / Marion s Films / Moune Jamet

Je ne le fais jamais en général, mais je ne peux m’empêcher de vous copier coller ce texte de Juliet Berto sur la réalisation de ce film. Je vous conseille d’ailleurs de lire le dossier de presse qui est vraiment très intéressant.

LES MOTS DE JULIET BERTO SUR NEIGE

Mai 1979 « Je n’y tiens plus. Je veux réaliser. Barbès me nargue. Le quartier où j’habite, il est vital que j’en parle. Nous avons voulu montrer un quartier de Paris où chaque jour il existe une vie « multiraciale ». Je ne suis ni immigrée, ni pute, je ne suis pas représentative de ce quartier. Neige n’est pas un film ethnologique, c’est un certain regard sur le monde de la fiction policière. C’est une balade entre Barbès et la place Blanche. La drogue est là, comme le sexe, comme les bars. C’est un élément du décor, une des réalités de Pigalle. Neige, c’est un portrait de Pigalle. Le titre du film évoque peut-être l’héroïne, la blanche, le cheval, la neige comme on dit. Mais en fait nous l’avons choisi parce que c’est un beau mot, très condensé, froid et scintillant. Comme les lumières des néons la nuit à Pigalle ; comme le clinquant des baraques de la fête foraine l’hiver sur le boulevard ; comme les flocons qui flottent dans les boîtes transparentes où on voit la Tour Eiffel ou le Sacré Cœur quand on les retourne. L’agressivité n’est jamais gratuite, elle exprime le besoin de s’arracher à quelque chose, une provocation qui mettrait la balle dans votre camp, un élan d’où jaillit ce qui fait vivre les visages. L’agressivité, pour moi, passe par le cinéma, et peut être qu’au bout il y a Neige. L’important pour moi ça a été d’acquérir le droit à la parole en montrant des images, d’aller au bout de ce que je suis. »

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